Reçu dans ma mailbox, cette nuit, un message d’Amazon.fr qui nous sollicite pour qu’on soutienne leur droit à proposer un service de livraison gratuit en France métropolitaine.
En première réaction, je me dis que le service marketing d’Amazon est à côté de la plaque, car m’envoyer un mail pour soutenir un avantage réservé à ses clients de France métropolitaine alors que je suis suisse et que je les paye, moi, ces frais de livraison, ça n’est vraiment pas malin.
Mais j’ai lu quand-même, et je donne mon avis de client suisse :
Amazon n’a légalement pas le droit de proposer des rabais de plus de 5% sur les livres. Ca date déjà de plusieurs années, et ça n’est pas ce qu’on peut appeler la « liberté du commerce ». On peut imaginer que cette interdiction est nécessaire pour ne pas créer une situation de monopole, ou quelque-chose comme ça. Mais ça ressemble quand-même à une situation protectionniste imposée pas des associations (doit-on dire cartellaires ?) de libraires.
La nouveauté, c’est que le Syndicat de la Librairie Française (SLF) a intenté une action en justice contre Amazon, et contre d’autres libraires sur le Net, visant à leur faire renoncer à la gratuité des frais de port sur les livres.
Là, quelque-chose m’échappe : Comment est-ce même imaginable qu’une association ait le droit d’attaquer en justice une politique commerciale d’un concurrent ? De quel droit peut-on à tel point remettre en cause la liberté du commerce ? N’est-ce pas digne d’une république bananière si la justice entre en matière pour ce genre de demande ?
Si vous avz des réponses à ces questions, ne vous gênez pas…
Vous l’aurez compris : Même si je ne suis pas bénéficiaire de cette politique commerciale, je suis plus que surpris qu’elle puisse être attaquée en justice, et je pense que les gens qui le font devraient réfléchir à la signification de ce qu’est la liberté du commerce, au lieu de protéger leurs acquis en prenant la poussière.
Mais à part ça : Les prix d’Amazon, même en y ajoutant les frais de livraison, sont bien au dessous des prix des libraires locaux suisses en magasin ou online : On peut aussi imaginer qu’il y a entente tarifaire par chez nous…
Articles relatifs :
Tags: Amazon, cartel, France, Gratuit, libraires, livraison, Livres, Marketing, Métro, Online, Politique, Suisse


25 novembre 2007 à 11:34
La politique du prix unique est – en principe – faite pour favoriser les petites librairies, qui ne peuvent pas se permettre d’acheter un max de stock de derniers succès afin de proposer des rabais substantiels.
En ce qui concerne la Suisse, voir par exemple cette dépêche sur le site du Temps.
Ce qui est certain, c’est que les distributeurs (français) se goinfrent sur notre dos parce que notre pouvoir d’achat est meilleur…
25 novembre 2007 à 20:34
@Zozieau : Merci pour le lien.
Concernant le cas Amazon, 2 articles à lire sur 01net.com :
Les libraires accusent Amazon et Alapage de vente à perte du 11 avril dernier, et
La livraison gratuite des livres déclarée hors-la-loi du 31 mai.
Comme quoi, la news n’est pas vraiment nouvelle.
26 novembre 2007 à 1:14
oui c’est ça il y a en France une loi qui date des Années 80 et de Jack Lang qui dit que le livre a un prix unique et on ne peut pas faire plus de5% de remise. Si bien que les cheques cadeaux sont interdits pour payer les livres. La livraison gratuite revient à faire un geste commercial pour l’acheteur.
le problème des libraires c’est qu’ils ne comprennent pas qu’ils ne font pas le meme métier qu’Amazon.
27 novembre 2007 à 8:15
Amazon vend des livres, un libraire vend des livres.
Le métier est différent mais heu… où ?
En effet, cette loi de 1981 qui impose le prix du livre avec 5% de rabais maxi sauf collectivités est là pour empêcher les libraires « traditionnels » de couler.
Sinon, ça finira comme aux USA : une ou deux grandes chaînes de libraires (Virgin, La FNAC) et que des best-sellers en rayon, les autres livres ne rapportant pas, les libraires ne les prennent pas et les éditeurs arrêtent donc d’en éditer…
Faut réfléchir avant de crier au monopole
8 janvier 2008 à 7:02
Il est vrai qu’un libraire ne possède pas la froide logique d’un moteur de recherche, et qu’il n’est qu’un être humain … Cependant, comme le dit Gilles, si le prix du livre en France était libre, on assisterait au même phénomène qu’au States, par exemple, où la plupart des ventes se font dans des chaînes spécialisées ou des hypermarchés, et uniquement sur des livres à forte valeur ajoutée, éliminant ainsi les publications plus modestes, et ne laissant qu’un choix restreint au consommateur moyen.
Je ne voudrais pour rien au monde que mon petit libraire de quartier ferme un jour ses portes, lui qui a su me conseiller si bien depuis des années sur des ouvrages que je ne connaissais pas et qui, contrairement à Amazon et consort, fait preuve d’un entêtement pas du tout commercial pour défendre ses choix éditoriaux.
C’est vrai, Amazon, Price Minister, Alapage, Fnac, Leclerc culture … ne font pas le même métier qu’un libraire de quartier, car, pour ce dernier, le livre n’est pas un produit comme un autre, c’est aussi un réceptacle qui lui permet de faire partager aux autres ses découvertes de lecture. Et croyez-moi, ils doivent être vraiment passionnés par leur métier, car ils gagnent généralement juste de quoi continuer leur activité : quelle honte que ses petits libraires nantis souhaitent continuer à exister face à ces pauvres multinationales de la culture formatée !
8 janvier 2008 à 19:39
Prenons par exemple l’alimentation : A l’arrivée des supermarchés, tout le monde criait à la mort des petites épiceries.
Maintenant, on retrouve de plus en plus de l’alimentaire de quartier, qui misent soit sur les horaires étendus, soit sur les produits de qualité.
Cette concurrence industrielle a donc contraint les petits commerçants à de l’inventivité et à de la qualité.
Si il n’y avait pas eu cette concurrence, ils n’auraient pas eu besoin d’évoluer comme ça.
Il y a de multiples exemples de ce type.
C’est l’expérience qui le dit : la libre concurrence a toujours stimulé les petits commerces : Il n’y a pas de raison que ça soit différent pour les petits libraires. Parce qu’ils ont une compétence, un service à apporter comme valeur ajoutée, ce que les grands distributeurs n’ont pas. Mais ils préfèrent se réfugier, par paresse, derrière des barricades législatives.
Ils scient la branche sur laquelle ils sont assis.
9 janvier 2008 à 16:49
Il n’est pas uniquement question des librairies : il est question de toute une chaîne culturelle. L’auteur, l’éditeur, le diffuseur et le libraire. Si le choix des titres doit se faire uniquement en fonction du chiffre d’affaire potentiel, il est bien évident que les éditeurs feront ce que font leurs collègues outre atlantique : ils rationaliseront leur production de manière drastique, et les diffuseurs ne proposeront plus que des catalogues adaptés à la demande des mammouths de la vente.
Offrir un service et une compétence, c’est bien joli, et c’est généralement le cas pour les libraires, mais se retrouver à vendre des ouvrages que l’on peut trouver 2 fois moins cher ailleurs, c’est presque une mission impossible ….
Quand à la libre concurrence qui « booste » les petits commerces, il faut quand même constater que la désertification commerciale des villes moyennes est un fait réel, et on voit « pousser » plus d’agences bancaires et immobilières que d’épiceries et de librairie….
26 janvier 2008 à 17:15
Je suis libraire en France et je suis pour le commerce de livres en ligne, mais contre les frais de port gratuits. Alors je me permets de réagir à certains de vos commentaires ;
« On peut imaginer que cette interdiction est nécessaire pour ne pas créer une situation de monopole, ou quelque-chose comme ça. Mais ça ressemble quand-même à une situation protectionniste imposée pas des associations (doit-on dire cartellaires ?) de libraires. »
Le problème, c’est bien le monopole : si Amazon acquiert un jour le monopole sur la vente en ligne de livres, il pourra proposer ce qu’il veut à ces clients (et avant tout des best sellers) sans que ceux-ci aient accès à une autre information (de la part des libraires, qui auraient, dans ce scénario, disparu). Actuellement, Amazon oblige déjà les petites maisons à lui accorder 40% de remise sur leurs livres – ce qui est possible pour Gallimard, ingérable pour elles. A titre de comparaison, un libraire se voit accorder une remise de 30 à 35%, après négociation avec l’éditeur (via son représentant). Bref : Amazon déploie clairement une politique de racket.
« le problème des libraires c’est qu’ils ne comprennent pas qu’ils ne font pas le meme métier qu’Amazon. » : peut-être, mais les clients, eux, sont les mêmes. Et si ma librairie a perdu 3% cette année encore, ce n’est pas parce que la qualité du service aurait baissé, au contraire : on a mis les bouchées doubles. La libre concurrence ne peut booster les petits commerces que si elle les laisse en vie… Et c’est loin d’être gagné.
Alors, au final, il me semble que si on accepte de payer des frais de port sur l’électro ménager, les DVDs, les CDs et les livres d’occasion (via Marketplace), pourquoi on refuserait de payer les frais de port sur les livres neufs (surtout quand on connaît les risques encourus)?
PS : j’ai mis en ligne les détails des plaidoiries du procès sur mon site, http://www.elodie-pinel.fr