Pour Boris Vejdovsky, les références à des moments clés de l’histoire américaine ne sont pas pour Barack Obama de simples ancrages dans le passé, mais bien un appel à la rupture et à la renaissance. «Toutes les figures auxquelles il se réfère sont des figures tragiques, que ce soit Lincoln, Roosevelt, Kennedy ou Martin Luther King», précise-t-il.
Le moment est grave, le potentiel de rénovation et les capacités sont là, mais il faut d’abord rattraper toute une série d’erreurs. «De façon significative, au début de son discours, Obama a remercié Bush pour son investissement personnel, mais pas en tant qu’homme politique. Puis il a énuméré ce qu’il ne faut plus faire, et énoncé la nécessité de rupture avec la cupidité et l’irresponsabilité, par exemple, mais aussi avec l’incapacité à prendre des décisions difficiles, une allusion directe au dernier discours de Bush qui en appelait à la reconnaissance du fait qu’il avait su, selon lui, prendre de telles décisions. Bush a dit plus familièrement «tough decisions», alors qu’Obama utilise un langage plus élevé en disant «hard decisions». C’est aussi ce qui me frappe chez lui, cette façon de parler sans céder aux facilités de langage. La métaphore principale de son discours était météorologique, avec les orages, les nuages, les tempêtes. Tout le monde peut comprendre instantanément et néanmoins c’est poétique. Il n’a pas employé de grands termes métaphysiques. Il est dans le pragmatique. Quand il parle de l’eau potable dans les pays pauvres, il dit «eau potable» et pas «ressources essentielles» ou une autre formule englobante. Son discours évoquait des problèmes très concrets, les écoles, la santé, la nécessité de rétablir la science à sa juste place, de tendre la main aux autres, notamment au monde musulman, si les autres veulent bien ouvrir le poing. Voilà une formule, même si les journalistes semblent un peu déçus par l’absence de phrases choc. Obama s’exprime sans périphrases et surtout il sait préserver la complexité du réel dans son discours, sans toutefois perdre l’interlocuteur. C’est une parole qui n’est pas réductrice, qui sait accueillir les contradictions. Obama parvient à saisir et surtout à conserver dans son discours ce flux de complexité qui caractérise le débat démocratique, un flux duquel doit se dégager bien entendu une ligne de force. On en saura plus lors de son prochain discours sur l’état de l’Union, mais ce discours d’investiture indiquait déjà des directions…»
Et l’insistance d’Obama sur la valeur travail, du sarkozysme ? «Un politicien radical a esquissé cette comparaison à la radio, mais je ne crois pas du tout. Contrairement à Sarkozy, Obama ne prône pas le fait de travailler davantage pour gagner davantage, encore moins l’idée d’enrichissement personnel et la stigmatisation des perdants qui seraient seuls responsables de leur situation. Si le travail peut apporter des revenus supplémentaires aux personnes qui en ont le plus besoin, alors oui, mais on n’est pas dans la logique simpliste des heures supplémentaires pour relancer la machine telle qu’elle est. Chez Obama, c’est plutôt l’idée de travailler ensemble pour que tout le monde puisse fonctionner dans le système. C’est une notion morale du travail. C’était un discours très moral dont on extraira la signification petit à petit.»
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